Forum d’affaires franco-saoudien - Discours d’ouverture de Jean-Yves le Drian (Paris, le 10 avril 2018)

"Votre Altesse
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’entreprises,
Chers Amis,

Je suis heureux d’ouvrir avec vous ce forum d’affaires franco-saoudien qui se tient à l’occasion de la visite en France de son Altesse royale, le Prince Mohammed ben Salman.

Depuis la visite du roi Fayçal en 1967 et sa rencontre avec le général de Gaulle, les relations entre nos deux pays se sont développées grâce à des relations de confiance qui ont toujours prévalu entre leurs dirigeants. La relation personnelle qu’ont su nouer le président de la République Emmanuel Macron et le Prince héritier depuis leur première rencontre à Riyad, en novembre dernier, ne fait pas exception. Elle a permis de structurer notre partenariat stratégique avec l’Arabie autour de quatre piliers : les questions politiques et diplomatiques ; la sécurité et la défense - enjeu considérable en cette période - l’économie, le commerce et les investissements ; la coopération éducative, culturelle et scientifique. Mais ce cadre n’est rien sans votre investissement. C’est à vous, chefs d’entreprises, innovateurs, acteurs de la vie économique, qu’il revient de faire vivre ce partenariat.

Sur le plan économique, vous remarquerez qu’une synchronie étonnante nous rapproche aujourd’hui : la France comme l’Arabie saoudite ont engagé des transformations majeures de leurs économies, avec notamment deux objectifs. D’abord, renforcer leurs positions d’acteurs de premier plan de l’innovation et des nouvelles technologies ; mais aussi renforcer leur attractivité auprès des investisseurs internationaux. C’est le programme du président de la République depuis son élection en mai dernier ; c’est la volonté du Prince Héritier, élaborée dans la Vision 2030. Cette concordance des agendas économiques nous offre une opportunité commune. À nous de la saisir.

C’est justement l’objectif de ce forum d’affaires. Les rencontres et les échanges que vous allez faire aujourd’hui détermineront, en tout cas je l’espère, vos décisions d’investissement dans les prochains mois et dans les prochaines années. Aujourd’hui, nous préparons l’avenir entre nos deux pays. Car pour nous, l’Arabie est plus qu’un client. C’est un partenaire stratégique, membre du G20, pivot de la stabilité et de la gouvernance économique internationale, avec qui nous sommes engagés sur le long terme et dans tous les secteurs.

Dans ce partenariat, nous pouvons nous appuyer sur les liens étroits qui existent déjà, notamment en matière d’investissement. Quelques chiffres permettent de rappeler cette réalité. En 2017, le volume des échanges commerciaux civils entre la France et l’Arabie saoudite a atteint 8,6 milliards d’euros. C’est une hausse de 8,7% par rapport à 2016.

Par ailleurs, le montant total des investissements directs étrangers (IDE) français en Arabie saoudite est de 15,3 milliards de dollars. Cela nous place au 3ème rang des investisseurs étrangers dans ce pays, derrière les États-Unis et le Koweït. Aujourd’hui on dénombre 80 implantations françaises en Arabie ; elles emploient environ 27 600 personnes dont 10 000 Saoudiens. Les fondations de notre relation économique sont donc solides : sur cette base, nous pouvons aller de l’avant et notamment dans les secteurs où les savoir-faire et les compétences françaises peuvent contribuer à la transformation rapide de l’économie saoudienne.

Je pense en premier lieu au secteur de l’énergie, puisque l’Arabie prépare l’après-pétrole. Le royaume doit relever dès aujourd’hui le défi de la transition énergétique, un défi qui est un des fils conducteurs de la Vision 2030. La France dispose de savoir-faire et de compétences de premier ordre, dans le domaine des énergies décarbonées, telles que le nucléaire et les énergies renouvelables, grâce à ses grands groupes comme Total, EDF ou Engie, mais aussi grâce à ses PME innovantes spécialisées par exemple dans le stockage de l’énergie. J’ajoute que les partenariats noués dans ce domaine sont le complément logique et nécessaire de notre dialogue politique sur les questions climatiques.

Je pense aussi à l’agriculture et à l’agroalimentaire. De grands groupes comme Danone sont déjà bien implantés dans le royaume. De leur côté, des groupes saoudiens ont investi dans le secteur en France. Les consommateurs saoudiens apprécient la qualité et la sûreté de nos produits. D’autres entreprises françaises sont aujourd’hui prêtes à favoriser l’émergence d’une filière aquacole d’excellence et à contribuer à sécuriser et diversifier l’approvisionnement de l’Arabie.

De même, la santé est un secteur où la France peut créer de la valeur ajoutée, au bénéfice mutuel de nos économies. Nos acteurs publics et privés sont là aussi prêts à appuyer le royaume, que ce soit dans la lutte contre le cancer et le diabète, dans l’épidémiologie, dans les services d’urgence, dans la production de médicaments, ou dans la gestion de son système de collecte du sang et de son système de soins.
La ville durable constitue également un axe de première importance pour notre coopération. La vision 2030, qui place le développement urbain au cœur de sa stratégie de transformation économique, intègre pleinement cette dimension. Les entreprises françaises proposent une offre attractive et de qualité en matière de dessalement de l’eau de mer, de gestion des déchets et des systèmes d’approvisionnement en eau, ou de mobilité durable.

Enfin, le tourisme et les loisirs sont également un secteur où notre expertise de première destination mondiale peut vous être d’une grande utilité. Nous pouvons dans ce secteur ouvrir un partenariat essentiel. Nous souhaitons en particulier travailler ensemble sur le projet de « Red sea » de développement touristique des rives de la mer Rouge.

Je souhaite enfin rappeler le projet de développement de la région d’Al-Ula pour lequel, à l’initiative du Prince héritier, l’Arabie saoudite a choisi la France comme partenaire de référence. Ce site naturel et archéologique exceptionnel s’articulera autour de la cité antique de Madaïn Saleh, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et fouillée depuis près d’un siècle par des archéologues français. Il sera demain une référence mondiale. Ce potentiel unique, intégrant à la fois le respect de l’environnement, l’intégrité des sites et l’attractivité touristique sera, je crois, un atout essentiel de notre partenariat mais aussi des perspectives touristiques et de développement de l’Arabie saoudite.

Voilà, Messieurs les Ministres, des enjeux, des projets, des agendas potentiels. Soyez assurés, Votre Altesse, Messieurs les Ministres, que les entreprises françaises sont désireuses d’intervenir humainement et financièrement en Arabie saoudite, pour contribuer pleinement à la volonté du Prince héritier d’en faire une terre d’innovation. Vous pouvez être assurés de la mobilisation du président de la République, de son ministre des affaires étrangères et des ministres qui viendront aujourd’hui vous rencontrer - en particulier Bruno Le Maire - au service d’une relation bilatérale essentielle et au service de la réussite de nos deux économies.

Je vous remercie."

Dernière modification : 10/04/2018

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