Presse du 17 mai 2015

Mots clés : Camp David – Réunion sur le Yémen – France / Etats-Unis / Nations unies / Palestine – Arabie / FMI / Aides humanitaires.

Titres Généraux  :

Al Watan  : * D’Arabie, les Yéménites dessinent leur Etat futur.

Al Hayat : * Nouvelle Constitution yéménite qui sera proposée au « Dialogue de Riyad » aujourd’hui.

AL Riyadh : * Le Yémen annonce sa transformation en Etat fédéral comprenant six provinces.

Al Jazirah : * La conférence de Riyad sur le Yémen se tient sous le slogan de l’attachement à la légalité et du refus du renversement.

Sharq Al Awsat : * La conférence de « sauvetage du Yémen » aujourd’hui à Riyad : Pas celle du dialogue mais de la décision.

Okaz  : * Les Yéménites : La déclaration de Riyad sera contraignante pour toutes les parties.

I - INFORMATIONS PRIORITAIRES

* Camp David : La presse du week-end souligne dans ses titres en premières pages et en pages internes que l’Iran et la lutte contre le terrorisme ont été les sujets prédominants au menu des entretiens de Camp David. Ils soulignent également l’engagement américain à « faire face à toute agression étrangère » contre le Golfe.

La presse relaie à l’envi les discours et les interventions au sommet, notamment celui du Président Obama.

* Dans son éditorial du 15 mai, l’éditorialiste d’Al-Watan relève que les délégations du Golfe négociaient d’une position forte, pour diverses raisons, dont celui du succès ostensible de la tempête décisive.

L’accueil chaleureux réservé par les Américains aux dirigeants du Golfe incite à l’optimisme et laisse penser que les Etats-Unis commencent à revoir leurs calculs, leurs alliances et leurs plans.

Les dirigeants du Golfe se sont rendus à Camp David en ayant bien préparé, en amont, leurs discussions et leurs idées. Ceux qui ont su mener leurs barques à bon port peuvent incontestablement apporter leur soutien aux causes arabes et faire face aux ennemis. Ils ont bien transmis leur message, à savoir que l’ère des complaisances et des promesses est bel et bien révolue et ils n’accepteront désormais que des propos assortis d’actes.

L’Arabie, en particulier, a pu être en position de force à Camp David ; C’est d’ailleurs cette même position qu’elle a adoptée lors d’occasions précédentes, notamment lorsqu’elle a refusé l’adhésion au Conseil de sécurité, arguant du fait qu’elle refuse d’être membre d’un conseil incapable d’aider les populations opprimées.

* Dans sa tribune publiée dans Al-Charq Al-Awsat du 15 mai, Mishari Al-Zayidi évoque le fossé entre la vision du Président Obama vis-à-vis de l’avenir de la région et celle des pays du Golfe. En effet, le Yémen n’est qu’un exemple de la nature des dommages induits par les politiques iraniennes actuelles sur la sécurité des pays arabes, en priorité celle des pays du Golfe.

Le problème n’est pas tant dans les garanties américaines que dans la nature même du régime iranien, que le Président Obama ne semble pas avoir compris lorsqu’il dit que le déblocage des fonds et une reprise de l’économie en Iran contribueront à ce que le régime devienne plus modéré. Ce à quoi le ministre iranien des Affaires étrangères a réagi en précisant qu’Obama veut juste rassurer ses alliés du Golfe.
Certes, force est d’admettre qu’il existe des intérêts suprêmes communs entre le Golfe et les Etats-Unis mais il existe également une inquiétude profonde face à l’incompréhension que manifeste Obama dans l’évaluation des dangers iraniens sur la région, en dépit de ses théories optimistes.

Le conflit est désormais bien enraciné et bien avancé entre la vision de l’Iran de Khomeiny et celle des pays arabes, conduits par l’Arabie. C’est un conflit global et profond qui ne peut tolérer aucun laxisme. La situation est claire. Il faut une position tranchée entre deux protagonistes bien définis. Obama peut-il ou veut-il l’adopter ? Tel est le grand défi actuellement !

* Abdul Rahman Al-RAched intitule sa tribune du 16 mai dans Al-Charq Al-Awsat : « Le Golfe et les Etats-Unis : qui ne demande, ne reçoit point ». Cette réunion importante n’aurait pas eu lieu si les pays du Golfe n’avaient pas solidairement protesté avec véhémence, par divers biais, contre la signature de l’accord-cadre avec l’Iran.

Les pays du Golfe n’ont pas obtenu toutes leurs revendications et le Président Obama n’a pas ignoré leurs contestations. Les Américains ont donné des garanties sur la sécurité du Golfe contre toute agression étrangère, à savoir l’Iran. Les pays du Golfe se sont engagés, à leur tour, à coopérer au plan sécuritaire, à savoir contre les organisations terroristes, et ont consenti à un règlement pacifique des problèmes, tout cela sous un nouvel intitulé, celui d’un « partenariat stratégique entre les Etats-Unis et le C.C.G. ».

Trois longues réunions ont réussi à mettre fin à la pire des crises qu’aient connu les relations entre les deux bords. Les engagements de défense étaient clairs. « A mon avis, la diplomatie du Golfe ne s’est pas contentée cette fois d’une contestation silencieuse. Elle a fait entendre sa voix et a insisté sur ses revendications. Elle a réussi à sauver l’ancienne relation stratégique vitale pour les deux bords. Le régime iranien n’a pas réussi à nuire au climat des négociations en ouvrant le feu contre le navire singapourien et ses menaces n’ont pas abouti, menaces dont le but était de provoquer des dissensions entre les négociateurs ».

* Al-Riyadh du 16 mai intitule son éditorial : « Camp David : un nouveau partenariat et non un nouveau pacte ». Après avoir rappelé les principaux points figurant dans le communiqué final, l’éditorialiste estime que la réunion de Camp David a été une excellente occasion pour les pays du Golfe de faire directement entendre leurs voix au sujet du dossier nucléaire iranien, d’autant qu’ils ne sont pas représentés dans le groupe des 6. Ce fut également une occasion pour le Président Obama d’exprimer sa « vision ».

La réunion a également survolé, en général, quatre foyers de tensions, la Syrie, l’Irak, la Libye et le Yémen, en soulignant uniquement la nécessité de lutter contre le terrorisme et ses organisations, Daech, Al-Nosra et Al-Qaeda.

La réunion s’est achevée sans qu’un changement semble être intervenu dans les positions, de part et d’autre, vis-à-vis du mobile de la réunion. Six semaines nous séparent de la date de la signature de l’accord nucléaire que des commissions ont commencé à élaborer à Vienne. Cette période sera riche en ballets diplomatiques et en rencontre régionales. Qui sait ? Peut-être n’y aurait-il même pas d’accord nucléaire in fine ?

* Tareq Al-Homaid se demande dans Al-Charq Al-Awsat qu’ont fait les pays du Golfe à Camp David. Force est d’admettre qu’ils ont agi sagement, en torpillant les intentions iraniennes d’un conflit avec les Américains, précisément avec le Président Obama à qui il reste deux ans à la Maison blanche.

Il est clair que les dirigeants du Golfe n’ont pas cherché à faire changer Obama d’avis ou à lui crier à la face. Mais ils ont appliqué la logique, à savoir qu’il leur fallait prendre ce qui s’offrait actuellement, en ne tombant pas dans le piège iranien. La France, Israël et le Congrès achèveront la bataille. C’est une attitude extrêmement sage face à un président confus et indécis par nature à qui il ne reste que deux ans de mandat.

* Okaz publie la tribune de M. Hmoud Abou Taleb intitulée : « Les Etats-Unis entre les promesses et les actes ». Le problème de l’Administration américaine est sa volonté de traiter les résultats et non les causes. Elle veut par ailleurs réduire les évènements qui se déroulent dans le monde arabe, depuis 2003, aux quatre dernières années.

(…) Or, c’est en 2003 que les feux ont embrasé la région, concomitamment à la révélation du projet américain d’anarchie créatrice et de nouveau Moyen-Orient. Ce projet a été inauguré par la remise de l’Irak sur un plateau d’argent à l’Iran, démontrant ainsi que la lune de miel entre Téhéran et Washington remonte à cette période, et fût extrêmement coûteuse depuis aux Arabes.

« Certes, il n’est pas demandé aux Etats-Unis d’être une colombe de paix dans le monde et nous nous y attendons pas. Mais il faut au moins qu’ils respectent les cerveaux humains en réduisant les contradictions abyssales entre leurs discours et leurs actes. Il faut qu’ils sachent que les peuples s’autoprotégeront contre les dangers au moment venu, sans les consulter et s’en référer à eux. S’ils maintiennent les méthodes qu’ils promeuvent actuellement, ils perdront leurs alliés et leurs amis ».

* Réunion sur le Yémen  : Riyadh s’apprête à accueillir aujourd’hui la conférence de dialogue interyéménite qu’ouvrira le Président Hadi, sous la tutelle du C.C.E.A.G. et en présence de plus de 400 personnalités politiques yéménites, dont des représentants du parti de l’ancien président Saleh. Le vice-président du comité consultatif de la conférence, M. Yassin Mekkaoui, a notamment indiqué qu’il s’agira d’une « conférence de décision et non de dialogue. La déclaration de Riyad sera publiée à l’issue du troisième jour de la réunion et s’articulera autour de la préservation de la sécurité du Yémen, sa stabilité, son attachement à la légalité, le refus du renversement et le refus de la déclaration constitutionnelle d’Al-Houthi ». Il s’agit d’une conférence décisionnelle dont les résultats seront contraignants pour toutes les factions politiques, qu’elles participent ou non. Toute faction qui rejettera les résolutions s’isolera automatiquement de l’effort politique déployé pour récupérer le Yémen.
Celui-ci va se transformer en Etat fédéral incluant six provinces.

* Abdul Aziz Al-Sweid consacre sa tribune dans Al-Hayat à la réunion sur le Yémen, qui débute aujourd’hui à Riyad, en présence d’un nombre considérable de Yéménites du Sud et du Nord. L’auteur se demande pourquoi les Nations unies n’adoptent-elles pas une position claire et franche, au sujet notamment des aides humanitaires acheminées via Al-Hodeïda plutôt que via le port d’Aden. L’ONU n’a même pas condamné et dénoncé cette violation. Si elle ne le fait pas, le dialogue de Riyad sera une nouvelle occasion exploitée militairement par Al-Houthi et son allié.

Le nouvel émissaire onusien doit nécessairement modifier le cap qu’avait adopté son prédécesseur et qui avait favorisé le déploiement des Houthis. Dans le cas contraire, la crise yéménite risque de se prolonger et Al-Cheikh ne sera qu’une reproduction de Benomar. Les pays de la coalition doivent prendre en compte ce paramètre en intensifiant les pressions sur les Nations unies et en ne permettant pas à AL-Houthi et Saleh d’exploiter le dialogue de Riyad.

* France / Etats-Unis / Nations unies / Palestine : Al-Charq Al-Awsat publie un article de son correspondant à Paris, Michel Bounajem, au sujet d’une crise silencieuse entre Paris et Israël concernant des démarches de Paris auprès des Nations unies et au plan européen pour relancer le dossier palestinien. La diplomatie française tente de proposer un projet de résolution au Conseil de sécurité, définissant les paramètres de la solution finale, sur la base de deux Etats et des frontières de 1967, avec un échange de terrains ; Jérusalem serait la capitale des deux Etats, le dossier des réfugiés serait résolu selon le principe d’un retour « limité » ou de la compensation.

Paris ne souhaite pas que les négociations s’éternisent. Il faudrait fixer un calendrier aux négociations et appeler à une conférence internationale de paix afin d’accompagner les négociations et de les encourager.

Toutefois, des sources arabes et françaises ont révélé que Washington aurait demandé à Paris de « geler » ses efforts actuellement en attendant la tournure des négociations actuelles entre les six et l’Iran. John Kerry aurait fait cette demande directement à son homologue français lors de leur rencontre à Paris le 7 mai, la veille de la rencontre entre Kerry et ses homologues du Golfe, en prévision du sommet de Camp David. Kerry aurait invoqué deux arguments : d’une part, il est difficile d’avancer sur deux dossiers « lourds » ; d’autre part, de tels efforts auraient un effet « contraire » à l’heure où Netanyahou tente de former son gouvernement. La réponse française fut qu’il est impossible d’attendre éternellement, bien que la diplomatie française, selon les sources, ne veuille pas aller de l’avant dans un projet qui ne bénéficie pas de l’accord des Etats-Unis, ou du moins auquel ils ne s’opposeraient pas.

Les sources de poursuivre que « Paris coordonne avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne »pour encourager Washington à l’approuver, ce qui suscite des réserves du côté israélien.

Selon plus d’une source, Israël reproche à Paris le round de consultations au sujet du projet de résolution qu’elle veut présenter au Conseil de sécurité sans consulter les responsables israéliens.

Contrairement aux Israéliens qui mettent en doute les efforts français, tant les Arabes que les Palestiniens les considèrent avec beaucoup de satisfaction. Le comité de coordination arabe tente d’adopter une position commune et envisage trois options : soit présenter un projet arabe indépendant devant le Conseil de sécurité ; soit un projet franco-arabe commun ; soit le soutien au projet français, après y avoir introduit des amendements qui conviennent à la partie palestinienne.

II - AUTRES INFORMATIONS

* Arabie saoudite / FMI / Aides humanitaires : AL-Riyadh rend compte d’un rapport publié par le FMI selon lequel l’Arabie est l’un des principaux donateurs à de nombreux pays dans le monde. Elle aurait ainsi alloué la somme de 85 milliards de riyals de janvier 2011 à avril 2014. L’Egypte est le principal Etat à bénéficier de son soutien, évalué à 24,4 milliards de riyals, dont 22,3 milliards ont déjà été perçus. Le Yémen suit avec un montant de 14,3 milliards de riyals, dont 4,4 milliards ont déjà été perçus, uniquement en raison des évènements qui frappent le pays.

Traduction & mise en page : Zéna GEDAY

Dernière modification : 18/05/2015

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